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Chroniques littéraires du recueil Dolls

Bonjour tout le monde !

Cette rentrée démarre sur les chapeaux de roue, et je peine à suivre le rythme. Me voilà déjà en retard pour partager les premières chroniques que je reçois sur mon recueil de nouvelles, Dolls. Après avoir suscité l’engouement des lectaires sur Instagram et en festival (la sublime illustration de couverture de Marcela attire tous les regards !), les blogs littéraires s’emparent de l’ouvrage pour livrer leurs retours de lecture. Je les remercie mille fois pour avoir consacré quelques paragraphes à mes poupées et leur réserve cet article comme pour les réunir en un joli bouquet. Ainsi, peut-être que le parfum de ces chroniques vous donnera envie d’en respirer plus, directement au creux de mes propres fleurs du Mal ^^

Bonne découverte des chroniques !

Et si vous souhaitez vous offrir le recueil Dolls, c’est par ici.

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Petit daim livresque

Le tout premier retour de lecture que j’ai reçu d’une bloggeuse. L’émotion était à son comble, merci beaucoup !

Pour lire la chronique, c’est sur le compte Instagram de @petit.daim.livresque

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Zoé prend la plume

Une chronique profondément touchante, qui a su, je le crois, trouver ce qui se cachait derrière la face lisse et impénétrable de mes poupées. Merci encore !

Lire la chronique

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Blog de Lucie et Delphine

Voici l’avis de Lucie sur mon recueil. Merci beaucoup pour cette proposition d’itinéraire à travers mon recueil et pour tes mots sur la peur et la mélancolie ❤

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Mange tes livres

Merci à Flo de Mange tes livres d’avoir fait de Dolls son conseil du samedi 16 octobre 2021. Le recueil prend la pose, magnifiquement entouré des fils sanglants de la marionnette. Quant à sa chronique, elle détaille aussi bien les textes et leurs influences que les illustrations. Merci pour cette belle présentation ❤

Pour lire la chronique, c’est sur le compte Instagram de @mange_tes_livres

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Les tribulations de Miss Chatterton

Je suis ce blog depuis un petit moment déjà ; c’est pourquoi cela me fait particulièrement plaisir de recevoir le retour de lecture d’Amélia. Tout est si détaillé, aussi bien les résumés que les avis (chacune des nouvelles y a eu droit !). Et cerise sur le gâteau : la chronique postée sur son compte Instagram @missameliachatterton est différente. Deux avis pour un seul retour, c’est magnifique !

Merci merci merci !

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Article mis en avant

Livre du Mois : La nouvelle eau et autres récits

Un recueil de nouvelles par Valérie Jacq

Cela fait depuis l’été dernier que je voulais partager cette chronique. Hélas, je suis une personne très lente, qui se laisse facilement déborder… mais qui tient toujours ses promesses.

Aujourd’hui, je vais donc parler du recueil La nouvelle eau et autres récits, publié chez L’Harmattan dans la collection Amarante. J’avais rencontré son autrice, Valérie Jacq, lors d’une fête du livre près de chez moi, et tenais à vous faire découvrir son travail. Je n’ai déjà que trop tardé à publier cette chronique, mais j’espère qu’elle touchera quand même quelques lectaires et leur donnera envie de lire les récits qu’il contient. Je ne parlerai pas des onze nouvelles, mais essaierai de donner un aperçu global du recueil à travers quelques-unes de mes impressions.

Couverture du recueil de Valérie Jacq aux éditions L’Harmattant

Résumé (quatrième de couverture) :

Des personnages attrapés au vol, vivants, réels ou imaginaires. Des histoires pour rire, pour rêver ou regretter… La magie n’est jamais loin. Des mondes parallèles qui cernent le nôtre et parfois s’y mêlent en un pied de nez ou un coup du sort. La mort aussi est là, nous apaise ou nous menace, dessine les contours de nos existences ; même pas peur ! Un immeuble caractériel, un sorcier gourmand, des philosophes polissons, de la volaille diplomatique… et l’amour, lorsqu’il dure même après la fin de l’histoire.

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Voici une interview de l’autrice à découvrir sur YouTube

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Mon avis :

J’ai bien aimé l’image du patchwork voluptueux des odeurs sur les draps de l’Anglaise, dans la nouvelle qui donne son titre au recueil. Mais je n’avais pas l’impression que ce personnage était si écervelé que ça…

Le petit immeuble, en protégeant ses divagations de ses murs frais et épais, les rendait presque réelles.

J’aime cette phrase, et l’image d’Élodie qui projette ses rêves sur les parois, comme un cinéma intérieur. J’ai aussi aimé l’univers clos que renferme l’immeuble, cette réalité à côté de la réalité.

J’ai bien aimé le fait que les descriptions faisaient appel aux cinq sens. Ce n’est pas le plus courant, en général, la vue domine, et c’est dommage.

Je trouvais rigolo l’immeuble qui était un personnage et qui se mêlait de ce qui ne le regardait pas, parce qu’il veut tout contrôler ! En revanche, la fin ne m’a pas accrochae.

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Difficile de résumer le voyage onirique que propose la nouvelle « Désirtion », mais il m’a parlé sans que je puisse dire pourquoi avec des mots, c’est vraiment de l’ordre du ressenti. Je passe beaucoup de temps dans mes rêves et me demande si un jour, je n’y basculerai pas complètement, comme le personnage de la nouvelle.

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J’aime bien les histoires de marionnettes. C’est pourquoi « Pinnochio » a retenu mon attention.
Le magicien qui capture des gens pour les transformer en poupées, jouer avec et même leur inventer une vie, est terrifiant et me plaît beaucoup. Mais il me semble encore manquer quelque chose, comme si le concept n’était pas poussé assez loin.

J’aurais peut-être aimé lire plus d’anecdotes de marionnettes, comme celles que le magicien raconte.
Je trouve que le personnage de Miss Maggy est sous-exploité, alors qu’il me paraît plus intéressant que le peu qu’on en voit. De même pour Paulo.
En revanche, j’aime bien l’idée que, finalement, Justin se fait à sa nouvelle existence et finit par développer des sentiments envers les autres marionnettes.
Mais comme pour toutes les autres idées présentes dans cette histoire, j’ai l’impression qu’elle n’est pas poussée jusqu’au bout, qu’à peine évoquée, on passe déjà à autre chose. Cela se voit surtout dans les signes physiologiques du désir alors que Julien a un corps de bois. À peine se demande-t-il comment c’est possible qu’on a une ellipse (alors que j’aurais aimé en savoir plus sur ses émotions, ses réactions, etc).

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Je n’ai pas aimé « Adieu » ni « Rousseau », et n’ai pas compris la nouvelle « Les trois pintades » (mais il paraît que c’est parce que je n’ai jamais travaillé dans une ambassade ^^ »).

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« Varanasi »est sans aucune doute ma nouvelle préférée du recueil. Je ne connaissais pas cette ville, je la trouve fascinante et ai pu la découvrir et m’y promener grâce à un texte tout aussi fascinant.
Mes citations préférées sont celles dans le style baudelairien :

Une once de mort est présente en lui, fidèle et impassible, sale, odorante, cadavre qui pourrit, doucement.


On a ici l’idée d’une promenade fantomatique, aux côtés de l’Européenne, comme si on effleurant les rues de la ville de notre spectre.

Il quittera bientôt Varanasi vers un lieu plus frais.

Autrement dit : l’au-delà.

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Je crois que j’aime presque autant la terrifiante nouvelle « Sauver sa peau », qui était tout aussi bien écrite et frappante. La chute est de loin la plus terrible de tout le recueil, je pense.

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Enfin, dans « Te réveille pas, surtout« , j’ai adoré l’image frappante du ragondin qui vient remplacer la délicieuse sauvageonne, comme si les ombres de la rentrée de septembre avaient altéré sa beauté.


Conclusion

Il restait malheureusement des coquilles et des répétitions dans les textes, mais j’ai quand même apprécié ma lecture. Ce recueil ne comptera pas parmi mes préférés, mais les histoires qu’il raconte sont douces et poétiques, suffisamment courtes pour être picorées à l’ombre d’un arbre ou au coin du feu, et raviront sans doute plus d’an lectaire.

Box Imaginaire #6 : le porno

Pour bien finir l’année, une box CULturelle.

A la recherche de l’ultra-sex

Catastrophe ! Tout le monde sur Terre est devenu obsédé du cul. Diverses équipes de spécialistes vont chercher à résoudre cette situation.

Après les Messages à caractère informatif, Nicolas et Bruno s’attaquent au monde du porno. Ils ont sélectionné quelques passages particulièrement incongrus des films pornos des années 70-80 qu’ils ont agencé avec un vague prétexte scénaristique avant de doubler les dialogues à leur manière; c’est-à-dire d’une façon complètement ridicule. Le résultat est hilarant et assez fascinant puisqu’ils ont su sélectionner des passages particulièrement inventifs, à base de chasseur-TIE munis de bites géantes ou de compétition de patin à glace à poil. Le métrage est disponible dans une double édition flimvre, accompagné donc d’un ouvrage conséquent qui complète plaisamment le visionnage : vous trouverez ainsi une série de photos du Robot Daft-Peunk découvrant notre monde ainsi qu’une succulente interview de Nicolas et Bruno expliquant leur projet sous la forme d’un roman photo nul. C’était vraiment très intéressant.

Celluloid

Une femme arrive dans un appartement et se rend compte que son compagnon est encore au travail. Ennuyée, elle va se trouver plongée dans un univers fantastique en allant de l’autre côté du porno.

Celluloid est une bande dessinée de Dave Mc Kean sans aucun dialogue et dont toute la narration passe par l’image. Et quelles images, bon sang ! L’auteur joue sur les formes, les couleurs et les textures, faisant se côtoyer photographies et dessins, crayonnés et peinture avec beaucoup d’inventivité. On est plongé dans un univers de jouissance onirique qui reprend au surréalisme ses associations libres, associant tel fruit à tel acte sexuel. Une lecture tout à fait exaltante !

A un clique du pire

A l’heure où tous, même les mineurs, ont accès gratuitement et sans restriction à la pornographie même la plus violente, Ovidie s’interroge sur les conditions de diffusion et de réception de ces images.

En matière de pornographie, on peut remarquer une tendance du discours mainstream à juger à l’emporte-pièce sans s’appuyer sur des faits précis et sans demander aux personnes compétentes et dont c’est le métier. Heureusement, Ovidie, ancienne actrice et réalisatrice X, en parle, avec beaucoup de pertinence et un style agréable. Elle développe un discours précis et nuancé sur la question de la pornographie : elle ne le diabolise pas tout en émettant des réserves sur certaines pratiques et nous permet de prendre conscience des problèmes liés au mode de diffusion actuel sur les Tubes et de la difficulté (l’impossibilité?) d’affronter ce système si ce n’est pas de petits gestes de consommateurs comme…de payer son porno.

A la recherche du premier boulard

Documentaire d’Aurore Aubin et Denis Larzillières sur l’histoire de la pornographie.

La première chose que l’on peut dire, c’est que le procédé choisi dans ce documentaire a de quoi désarçonner. En effet, plutôt que de proposer un développement chronologique, le documentaire explore l’état de la pornographie à une époque, en s’appuyant sur des extraits et des interviews d’experts (critiques, réalisateurs, producteurs) puis remonte de décennie en décennie en proposant chaque fois une analyse du genre. C’est un peu déroutant et difficile à suivre, tout d’abord, mais permet un constat plus joyeux en remontant progressivement vers une époque où le genre était plus libre, plus balbutiant, plus ludique. C’est souvent étonnant, très instructif et présenté avec beaucoup de bonne humeur.

P.G. Porn

Pour ceux qui aiment tout dans le porno sauf le sexe.

James Gunn, le réalisateur des Gardiens de la galaxie, est un sale gosse ; tous ceux qui, comme moi, ont ri comme des baleines devant The Suicid Squad, en seront convaincus. Et P.G. Porn, série dont les épisodes sont facilement trouvables sur youtube, est un concentré de son humour potache et corrosif. Le principe est simple: la vidéo commence comme un scénario classique de film porno, avec le même type de musique, de plans et la présence d’actrices X; mais un twist vient systématiquement désamorcer le genre et le faire tomber dans la comédie, tantôt noire, tantôt absurde, toujours excessivement jouissive.

Jardin des Chroniques : Fangirl

Amazon.com: Fangirl: A Novel: 9781250030955: Rowell, Rainbow: Books

Titre : Fangirl

Autrice : Rainbow Rowell

Thèmes : Coming of age story, Fanfiction, Héroïne neuroatypique

Résumé : Depuis l’enfance, Cather et Wren Avery sont plongées dans le monde fantasy de Simon Snow, jeune orphelin découvrant son statut de mage à son onzième anniversaire. Elles écrivaient, ensemble ou séparément, des fanfictions ennemies to lover sur Simon et son pire ennemi, Baz, jusqu’à ce que Wren se détache de l’écriture. Cath, en revanche, est devenue une autrice renommée sur son site de prédilection.

Une fois le lycée terminé, Wren convainc sa jumelle de la suivre à l’Université d’Etat d’Omaha, de vivre sur le campus et de goûter à l’aventure. Cath accepte, mais la vie universitaire est redoutable. Sa relation avec sa sœur ne cesse de se détériorer ; elle partage sa chambre avec une parfaite inconnue et se refuse à affronter le réfectoire. Seule l’écriture lui permet de tenir.

Loin d’un père fragile, brouillée avec sa jumelle, Cath va devoir accepter de s’ouvrir aux autres et de s’épanouir pour, enfin, vivre et surmonter ses difficultés.

Pour quel public : Lycéans, jeunes adultes à l’université, autaires de fanfiction. Ce livre est destiné à faire passer à ses lectaires un moment agréable, avec une héroïne à laquelle iels peuvent s’identifier. Un livre à lire si l’on a besoin de réconfort et de sécurité.

Critique : Fangirl est avant tout une coming-of-age story, l’histoire d’un passage complexe à l’âge adulte, où la protagoniste doit surmonter des obstacles qui lui sont propres, afin de trouver son équilibre et sa sérénité. L’œuvre se démarque par la personnalité de son héroïne, le réalisme de ses personnages, et la culture nerd et geek dans laquelle sont immergeaes les lectaires dès les premières pages.

Lectaires frustraes par les fictions américaines où les protagonistes deviennent populaires et s’intègrent dans un groupe d’amis sans difficultés ou bien rejoignent les marginaux et prouvent au reste du monde à quel point ils sont forts et intéressants, Fangirl vous est adressé. Cath souffre, sans que cela ne soit jamais explicitement écrit, d’un trouble anxieux important. Pour çauz qui s’y connaissent, il est aisé de constater qu’elle penche vers le spectre autistique.

De fait, Cath ignore comment se faire des amis ; elle préfère la solitude et s’épanouit dans l’écriture de fanfictions, ces histoires publiées en ligne se passant dans des univers tels que celui d’Harry Potter, de Sherlock Holmes,… Pour autant, elle apprécie de nouer quelques amitiés. Ces liens, qu’elle peine à entretenir, ne sont possibles que parce que ces personnes l’acceptent telle qu’elle est. Lorsque le point final apparaît, Cather n’est pas plus sociale, moins anxieuse, moins intéressée par les fanfictions qu’au début du livre. En revanche, elle est bien entourée, est tombée amoureuse, et s’est affirmée. C’est une histoire qui encourage à être soi-même, dédramatise la pression sociale et démontre qu’il est tout à fait possible et acceptable de vouloir passer une scolarité sans se rendre à des fêtes, sans expérimenter les cuites, bref, en étant hors de la norme.

Les personnages secondaires sont tout aussi intéressants et nuancés. Chacun leur tour, ils commettent des erreurs, s’en excusent, et sont bien difficiles à qualifier. Impossible ici de les considérer comme des stéréotypes ou archétypes (à l’exception peut-être de Nico, le bad-boy sombre, mystérieux, et au final assez insupportable). Levi, Reagan, Wren, le professeur Piper… touz gravitent autour de Cather sans dépendre d’elle ; iels vivent, s’attachent, se détachent, et vivent leur vie de façon indépendante.

Quant à leur situation familiale, la mère de Cath et Wren est partie le onze septembre 2001, ce jour où l’Amérique a basculé avec les attentats violents qui ont traumatisé sa population. Les deux sœurs en gardent un fort sentiment d’abandon, ombre sur leur quotidien même dix ans après. Elles ont été élevées par leur père, avec qui elles possèdent un lien très fort. Un père présent et probablement neuroatypique. Une nouvelle fois, son trouble n’est jamais nommé. Less lectaires avertiz comprendront rapidement qu’il s’agit d’un trouble bipolaire, relativement bien représenté. Art Avery ne semble jamais réellement être en phase basse ; il alterne plutôt entre des phases de manie et des phases de très haute manie. Pas une fois il n’est jugé. Ni par l’autrice, ni par ses filles, ni même par son employeur. Même s’il ne s’agit pas du sujet principal, Fangirl se révèle un très bon livre sur la tolérance et le handicap au quotidien à travers différents personnages très bien traités.

L’histoire se concentre, de fait, sur l’entrée à l’Université d’une jeune femme plongée dans la fanfiction. Les lectaires y retrouveront les termes adéquats : des discussions entre plusieurs personnes d’un même fandom ; le jugement ou la curiosité de la part des personnes extérieures, etc. Le livre contient par ailleurs de bons extraits de diverses fanfictions, et même un OS de Noël complet. En revanche, il vaut mieux que vous accrochiez à l’univers de Simon Snow, également créé par Rainbow Rowell, car toute la partie fanfiction s’y déroule ! Je ne pense pas qu’il soit ici utile d’en faire la critique ; réservons-là pour la réelle trilogie de Simon Snow. Sachez seulement que l’autrice s’est inspirée d’Harry Potter et de son succès tout en créant son propre pensionnat magique.

L’écriture fait partie de la vie de Cath. Tout au long du livre, nous apprenons ses manies d’écrivaine, ses préférences de style, et çauz parmi vous qui écrivent y retrouveront d’intéressantes réflexion sur les ateliers d’écritures, les problèmes de concentration, les désirs de projets qui se heurtent au principe de réalité…

Enfin, c’est une incursion dans la culture américaine que propose l’œuvre, que ce soit au niveau de la nourriture, des classiques étudiés, ou des cours proposés à l’Université. Le quotidien est suffisamment détaillé pour y plonger le lectaire ; j’ignorais tout des Outsiders avant ma lecture, mais ce classique a désormais rejoint ma Pile à Lire ! La passion de Cath pour la littérature est aussi rafraîchissante qu’enthousiasmante.

C’est ici que se situe pourtant la limite de Fangirl. Il s’agit indéniablement d’un livre pour un public d’adolescents et de jeunes adultes. Les préoccupations de Cather sont celles d’une jeune fille de dix-huit ans qui rentre à l’Université. Des lectaires plus âgeaes, bien ancraes dans le monde du travail, risquent de trouver l’héroïne immature, voire de s’ennuyer devant ces considérations qui ne font plus partie de leur quotidien. Fangirl est un très bon livre pour des jeunes gens ayant déjà été au contact du style coming-of-age, car il offre du renouveau, mais risque de ne pas convaincre çauz pour qui le passage à l’âge adulte n’est plus qu’un souvenir.

Un dernier conseil : si vous en avez la possibilité, lisez ce livre en anglais. Je trouve que la traduction française est très mauvaise et dénature entièrement le style de Rainbow Rowell, rendant la narration insipide et modifiant les références, voire supprimant certains passages. Le style fluide et le vocabulaire simple permettent aux personnes possédant un bon niveau B1, soit première-terminale, de suivre. De plus, vous bénéficierez des bonus et de l’interview qui ne sont pas proposés dans la version française.

Pour aller plus loin… : Little & Lion, sur la bipolarité, propose une œuvre tout aussi inclusive sur les problématiques adolescentes. Çauz ayant apprécié l’univers de Simon Snow peuvent le retrouver dans Carry On ; néanmoins, le style diffère grandement, car c’est une œuvre de fantasy.

Box Imaginaire #5 : l’orage

Après une box dédiée à la sortie de Dolls et une autre qui célébrait la parution de ma pièce, force m’était de consacrer la Box de cette semaine à un thème lié au deuxième roman de Léonor Baumann. Ô rage, ô désespoir, que ne ferais-je pour éviter de m’attirer ses foudres ?
(Promis, j’arrête les jeux de mots)

Le Roi Lear

Le roi Lear se fait vieux. Il veut partager son royaume entre ses trois filles et demande à chacune de lui dire à quel point elle l’aime, pour décider de la portion qui lui reviendra. Mais Cordelia refuse de jouer le jeu de la flagornerie ; vexé, son père la chasse et la déshérite. Il ne va pas tarder à regretter son choix.

Une pièce qui s’ouvre comme un drame familial intime et finit dans une atmosphère de fin du monde, avec des personnages perdus dans la tourmente des éléments et des armées qui s’affrontent. Il y a tout Shakespeare là-dedans. Du grandiose, de la cruauté, de l’émotion, du fantastique, même, le tout servi par une langue acérée, capable d’atteindre le trivial aussi bien que les tournures les plus subtiles. Le Roi Lear tient du rêve hallucinatoire, du délire fiévreux d’un vieil homme malade. Car après tout « c’est le malheur des temps que les fous guident les aveugles ».

Vous attendiez une autre pièce de Shakespeare, sur ce thème ?

Justine ou les malheurs de la vertu.

Justine, soudainement chassée du couvent car elle est orpheline et pauvre, va aller de mauvaises rencontres en mauvaises rencontres, à mesure qu’elle croisera d’effroyables libertins.

Ce que l’on ne dit pas assez au sujet de Sade, c’est qu’il est drôle. Grand spécialiste des livres que l’on lit à une main parce que, de l’autre, on se tape le ventre, le célèbre libertin atteint, me semble-t-il, des sommets avec Justine. Le roman répète à l’envi le même schéma : Justine, pleine de vertu, rencontre un horrible personnage qui lui fait subir les pires sévices, avant de lui expliquer, dans une diatribe philosophique où les sophismes s’accumulent pendant des pages et des pages, pourquoi il avait tout à fait raison de faire ce qu’il a fait. Et la pauvre enfant de se tenir à ses principes et d’être systématiquement punie pour cela. C’est un humour très noir et corrosif, une débauche délirante d’horreurs. Dès la préface, le marquis déploie une ambiguïté caustique, prétendant que les romans qui poussent à la vertu font fausse route en montrant le héros être récompensé pour ses actions ; et qu’un véritable livre moral (comme le sien !) doit montrer, au contraire, le héros systématiquement puni et persévérer dans sa bonté. Ça vous semble fumeux ? Allez savoir, moi, ça m’amuse. Et cette ambiguïté trouve un aboutissement hilarant dans la conclusion du livre que je ne vais pas vous divulgâcher mais qui contient un orage et l’une des réflexions les plus drôles qu’il m’ait été donné de lire.

Vendredi 13

Une bande de jeunes veut redonner vie au camp de vacances de Crystal Lake mais ils se font tuer les uns après les autres.

Clairement, Vendredi 13 n’est pas le meilleur des slashers. Il n’a ni l’ingéniosité scénaristique de Scream, ni la maîtrise technique d’Halloween qu’il copie allégrement. Mais je dois dire que j’ai été agréablement surpris par le visionnage du premier opus de la franchise (qui ne contient presque pas de Jason Voorhes). En effet, la menace y est pratiquement désincarnée, réduite la plupart du temps à une caméra subjective accompagnée d’une obsédante litanie (ch-ch-ch-ah-ah-ah.) qui donne quelques moments de tension basés sur de la « simple » mise en scène. J’aime quand le film nous fait croire qu’un personnage est en danger en laissant la caméra s’approcher lentement, pour finalement nous révéler que ce n’était pas le regard du tueur. J’aime aussi la première attaque, où l’on comprend qu’un personnage a été pris en stop par le tueur en se rendant compte que le conducteur n’était jamais filmé. Surtout, j’aime énormément toute la partie finale : avec la tempête, les multiples avertissements quant au caractère hanté du lieu et le caractère désincarné de la menace, on a presque l’impression que les personnages sont tués par une entité surnaturelle plutôt que par un être humain.

Carnivale

Durant la grande dépression des années 30, un jeune homme aux étranges pouvoirs est accueilli par une troupe de forains. Il ne le sait pas encore, mais il est destiné à combattre le mal, incarné par un pasteur doté de pouvoirs de manipulation.

Carnivale est probablement ma série préférée ; c’est en tout cas celle qui m’a le plus durablement marqué. L’atmosphère y est étouffante ; on ressent parfaitement cet univers de poussière sèche qui rappelle le réalisme de Steinbeck en un peu plus aride. La série distille par ailleurs une mythologie classique dans le fond (le combat du bien contre le mal) mais très originale dans la forme ; un fantastique cosmique traité avec beaucoup de réalisme et d’aridité, souvent mystérieux (il faut admettre de ne pas tout comprendre ; d’autant que la série a été arrêtée avant sa véritable conclusion) mais très évocateur. Le ton de la série est tout en retenue, ce qui donne beaucoup de crédibilité et de nuances aux personnages. Les effroyables visions fantastiques alternent ainsi avec des séquences très éprouvantes émotionnellement, soit dans leur dureté (un des personnages est couvert de goudron et de plumes et laissé pour mort au soleil, déchirant) soit dans leur beauté (quand l’un des personnage couche avec un homme brisé et, d’abord horrifié par son moignon, l’embrasse finalement avec tendresse). Le tout est servi par une mise en scène très élégante (et dure) ainsi que par la musique de Jeff Beal (aussi responsable de la musique de Rome), très atmosphérique et mélancolique.

Les Enfers dans L’Antiquité Gréco-Latine : Quand le défunt s’offre une nouvelle vie après sa mort

Bonjour tout le monde !

A l’approche d’Halloween, j’ai écrit un article pour les éditions Noir d’Absinthe, afin de fêter l’arrivée prochaine de Dremence, roman SF horrifique de Morgane Stankiewiez illustré par Amaryan. Thématique : les enfers greco-latins, évidemment ! Je me passionne pour la vie que les âmes de nos Anciens passaient dans l’au-delà. Pour lire mon article, cliquez sur le lien ci-dessous. Et pour en savoir plus sur Dremence et participer à la campagne de financement Ulule, c’est par ici.

Lire l’article de Népenth S. sur le blog de Noir d’Absinthe

Box imaginaire #4 : le théâtre

Ce mois, on a du pain sur les planches.

Œdipe Schlac! Schlac!

Mme Lecca prépare un spectacle de théâtre avec ses élèves. Cette année, elle refuse de monter la suite de Godzitor et préfère leur proposer un spectacle de qualité : Œdipe Roi.

Oedipe Schlac! Schlac ! est un petit roman que j’avais acheté sans grandes attentes, juste pour pouvoir le proposer en lecture complémentaire à mes élèves. Je l’ai lu d’une traite, sans pouvoir le lâcher, en riant sincèrement du début à la fin. Il y a quelque chose de véritablement charmant dans ce livre; les personnages sont attachants, que ce soit la professeuse pleine de bonne volonté mais dépassée ou les élèves gentils mais agités. Les dialogues et les péripéties sont dynamiques et le choc des cultures entre de jeunes élèves modernes et un chef d’œuvre antique entraîne des réflexions et des réappropriations tout à fait hilarantes. Bref : une sympathique petite lecture pour se détendre et, si besoin, redécouvrir le mythe d’Oedipe.

Kasane, la voleuse de visages

Kasane est une fillette au visage hideux, qui rêve de faire du théâtre comme sa mère, une grande et belle actrice. Quand elle découvre qu’elle a le pouvoir d’échanger son visage avec ceux qu’elle embrasse, elle décide de s’en servir pour monter sur scène.

Kasane est un thriller psychologique surnaturel qui, au fil des tomes, questionne la place de l’apparence dans la société et, principalement, dans le monde du spectacle.  Pourquoi une actrice talentueuse doit-elle être belle pour être acceptée ? Jusqu’où peut aller l’obsession pour une belle actrice ? Après combien de mensonges finit-on par perdre son identité ? 

Le personnage principal est délicieusement ambigu : même si l’on a de la peine pour elle, elle accomplit des actes de plus en plus monstrueux qui rendent l’identification à Kasane de plus en plus malaisante. Cette plongée dans sa psyché trouble est magnifiquement accentuée par les pièces successives qu’elle va jouer (notamment la mouette ou Macbeth). En effet, le manga s’intéresse beaucoup à la manière dont actaires et mettaires en scène interprètent l’œuvre pour rendre le spectacle plus profond : la vie intime et la vie spectaculaire de Kasane s’entremêlent régulièrement. 

George

Beaucoup de gens aiment George: Scott aime son frérot, Maman est fière de son petit garçon et Kelly considère que c’est son meilleur ami. Mais tous ignorent que George est une fille. Peut-être pourra-t-elle le leur faire comprendre en jouant Charlotte, dans la pièce de l’école.

George est un roman lumineux sur la transidentité. Là où ces histoires tombent souvent dans le misérabilisme, George raconte le quotidien d’une enfant qui, certes, souffre de ne pas être reconnue pour ce qu’elle est, mais évolue dans un environnement bienveillant. Les autres personnages ne sont pas des caricatures d’intolérants, mais des gens qui font de leur mieux sans savoir ou sans comprendre ce que George vit et qui agissent maladroitement plutôt que méchamment. Sans insister dessus, le livre rend évident la violence d’être mégenré, grâce à l’usage dissonant des pronoms entre dialogue et narration.

Akila, le tissu d’Antigone

A la suite d’attentats, une minute de silence est organisée dans la cour du lycée. C’est donc devant tout le monde qu’Akila, la sœur du terroriste, se voile.

Si vous cherchez une réécriture moderne d’Antigone, oubliez Anouilh et lisez cette pièce de Marine Bachelot Nguyen. C’est un texte fort, émouvant, dérangeant, qui réussit à réellement créer un dilemme moral sur l’acte d’Antigone/Akila et pousse à la réflexion et à la remise en question. La pièce transpose habilement de nombreux aspects du mythe et de l’œuvre de Sophocle, sans pour autant tomber dans la reprise savante et stérile. Tout a un sens, tout fait mal, tout perturbe.

Dolls : Un mois de septembre gouverné par les poupées

Bonjour tout le monde !

Durant ce mois de septembre 2021, MoonE et moi vous avons offert de nombreuses surprises afin de vous aider à patienter jusqu’à la sortie de notre recueil de nouvelles Dolls. Celui-ci sort aujourd’hui (si vous souhaitez le commander, c’est par ici), et, pour l’occasion, je réunis dans cet article les portraits, lectures-audios et vidéo que vous avez pu voir ces dernières semaines ou que vous découvrez maintenant si vous n’avez pas pu suivre nos réseaux. Et ne quittez pas ceux-ci de suite, car d’autres cadeaux y seront postés en octobre. Je vous souhaite une belle découverte des univers sombres et décalés de Dolls. Bon voyage dans la malle à poupées !

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Galerie de portaits

Voici les portraits de quelques personnages des nouvelles de Dolls, réalisés par MoonE. On peut y voir les jolis minois de mes petits monstres, mais aussi des morceaux de leur histoire en arrière-plan. Saurez-vous reconnaître les passages des textes qui sont représentés ?

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Lovendrins, le chat du Cheshire dans la nouvelle « A.L.I.C.E »

Ses yeux étaient fendus d’une pupille verticale et brillaient dans la pénombre d’un éclat malicieux. Un peu comme ceux des chats, se dit Alice. Ce qui l’impressionnait par-dessus tout, c’était leur couleur, qui rappelait la gelée de violettes traversée par la lumière. Ses oreilles, situées un peu plus haut que la normale, semblaient faites d’une fine membrane recouverte d’un duvet noir et avaient le bout pointu, un peu comme celles des chats. Sur le foulard gris enroulé autour de son cou était attachée une petite clochette, un peu comme celle des chats. Lorsqu’il sourit à Alice, ses lèvres découvrirent une rangée de dents aiguisées, un peu comme celles des chats.

Extrait de la nouvelle « A.L.I.C.E. »

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Séraphin, petit frère d’Aniel, le narrateur de la nouvelle « Séraphin »

Séraphin apparut dans l’encadrement de la porte. Mes yeux s’écarquillèrent de stupeur. Il avait revêtu la nuisette de tulle souple et les mules d’intérieur de Mère. Le tissu pâle laissait transparaître son corps frêle, la pointe rosée de ses tétons, les os saillants de ses hanches et la culotte de satin qui dissimulait son entrejambe. En avançant vers moi, il fit claquer les talons des mules qui enserraient le bout de ses pieds. Cette tenue, qui devait faire le délice des nuits de Mère, jurait de façon obscène sur la silhouette malingre de Séraphin. Il avait barbouillé ses lèvres de rouge, ajoutant au côté licencieux et grotesque de son déguisement.

Extrait de la nouvelle « Séraphin »

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Sang, compagnon de jeu de Pluie et Nuage dans la nouvelle « Quand la mer fait silence »

Sang ne parle pas très bien. Les mots sont fragiles et se brisent comme du verre lorsqu’il cherche à les prononcer. Parfois, ils viennent avec violence dans sa bouche, trop de violence pour qu’il puisse la contenir. Alors ils sortent comme ça, sans avoir été travaillés. Lorsqu’il n’arrive pas à se faire comprendre, Sang abandonne sa voix et parle avec son corps.

Son allure est aussi misérable que ses paroles : il n’est vêtu que d’un pantalon marron fait de toile grossière et retenu à la taille par une simple corde de chanvre. Il est si maigre qu’on voit ses os saillir sous sa peau. Ses cheveux, courts à l’arrière de son crâne, s’étirent en de longues mèches rouges qui tombent en pointes devant ses yeux couleur terre de Sienne.

Extrait de la nouvelle « Quand la mer fait silence »

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Dolly, poupée vivante de Maël dans la nouvelle « Doll »

Lorsque Maël rentre chez lui, Dolly est là pour l’accueillir. Elle l’attend sagement, assise sur le fauteuil du salon. […]

— Bonjour, Dolly. Tu as passé une bonne journée ?

Pas de réponse. Les longs cils de Dolly battent sur ses joues nacrées, tels de minuscules éventails. Un visage ovale, un corps mince dissimulé sous la dentelle d’une robe victorienne. On lui donnerait vingt à trente ans, sans pouvoir être plus précis ; entre ces deux âges, une éternité se dessine. De ses jupons sortent des jambes interminables ; on les croirait étirées à la main, comme des bonbons en sucre.

— Tu m’as manqué, aujourd’hui, lui dit Maël, en caressant ses cheveux.

Dolly, sage comme une image, ne répond toujours pas. C’est à peine si on voit qu’elle est vivante. Un léger mouvement du pectoral, les paupières qui clignent de temps à autre, et les yeux qui suivent Maël, attentifs au moindre de ses gestes. […] Des marques d’affection par petites touches. Et toujours, Dolly se laisse faire. Elle n’a pas le choix.

Car Dolly est paralysée.

Extrait de la nouvelle « Doll »

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Beaucoup de serial killers ont un défaut physique. C’est ce qui les rend agressifs.

Je me regarde dans la glace. Merde, je suis beaucoup trop canon ! Si seulement j’avais hérité du nez épaté de ma mère…

Je pourrais me mutiler. Non, la souffrance, ce n’est pas mon truc. L’infliger, pourquoi pas, mais à ma propre personne, très peu pour moi. Voyons voir, qu’est-ce que je pourrais faire d’autre… Je sais ! Je n’ai qu’à me teindre les cheveux en noir : ça me donnera l’air sinistre.

À la supérette, j’ai dévalisé le rayon teinture, histoire d’avoir un bon stock. Après deux heures de shampooing et quelques serviettes ruinées, je retourne à mon miroir. En fait, c’est pire : le noir corbeau fait ressortir mes yeux et me va dix fois mieux que ma couleur naturelle. Pas grave, je n’ai qu’à mettre du khôl, ça accentuera mes cernes. Ah ? y a du mieux, mais le résultat est encore beaucoup trop bien.

Extrait de la nouvelle « Nietzsche ta mère »

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Gabriel, grand frère de Marie dans la nouvelle « Portrait d’un ange en chute libre »

Une présence rassurante et protectrice. Beau comme seuls les anges savent l’être. Peut-être un peu cliché, mais comment reconnaître les messagers divins s’ils n’en portent pas l’uniforme ?

Le plus merveilleux chez lui restent ses ailes. De grandes ailes blanches et duveteuses. Elles prennent beaucoup de place, et mon frère a du mal à évoluer dans les espaces étroits. Parfois, elles renversent même des objets lorsqu’il passe trop près des meubles. Il avance toujours lentement, comme s’il économisait chacun de ses gestes ; en réalité, il fait juste extrêmement attention. Les autres le taxent de maladresse, et il le concède volontiers. Mais moi, je sais que les véritables coupables, ce sont ses ailes.

Lorsqu’il est assis à la table de la cuisine, calme, le menton posé dans sa paume, ou encore appuyé sur le rebord du balcon, le regard perdu au loin, je me demande à quoi il peut bien penser. Sûrement à s’envoler d’ici. À sortir de cet appartement sordide et de cette mélasse dépressive dans laquelle ma mère le plonge

Extrait de la nouvelle « Portrait d’un ange en chute libre »

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Achate, narrateur de la nouvelle éponyme

J’m’appelle Achate. C’est mon nom humain. Mon vrai nom, je peux pas l’écrire, mais quand j’le dis, c’est comme des griffes qui s’enfoncent dans la terre. Je fais partie d’une race à moitié humaine. L’autre moitié, c’est l’animal, c’est notre peau de loup. Dès qu’on l’enfile, elle se fond avec notre corps et le couvre de fourrure. Une légende faite de chair, de crocs et d’os.

Extrait de la nouvelle « Achate »

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Un magnifique cadeau offert par MoonE : une variante de la couverture de Dolls, qui clôt parfaitement cette galerie de portraits

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Lectures d’extraits

Voici à présent deux extraits des nouvelles de Dolls, que j’ai lus personnellement. J’y ai ajouté un petit montage sonore et MoonE a réalisé une animation pour accompagner la lecture. De quoi vous permettre de plonger encore un peu plus dans notre univers. Bonne écoute !

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A suivre…

Box Imaginaire #3 : les poupées

Qu’elles disent non, qu’elles soient gonflables ou qu’elles ne veuillent pas Ken, les poupées sont à l’honneur dans cette Box Imaginaire.

Seed of Chucky[1]

La progéniture de Chucky et Tiffany, les deux poupées meurtrières, se lance à la recherche de ses parents après les avoir vu à la télévision. Le couple va rapidement se disputer sur l’éducation à donner à leur enfant : Tiffany est persuadée que Glenda est une fille et veut lui offrir un métier doux et aimant, loin de la folie meurtrière du volet précédent, alors que Chucky veut que son fils Glenn soit un tueur comme lui. Et qu’en est-il de ce qu’al veut ?

Seed of Chucky est probablement le film le moins aimé de la franchise, celui dont j’avais entendu le plus de mal. Et en vérité, je comprends tout à fait la réaction des fans. Si on le prend comme un slasher ou comme un film d’horreur, le résultat est pour le moins décevant.

En ce qui me concerne, je ne suis pas un grand amateur de la saga Chucky. Je trouve le pitch de départ risible, l’antagoniste ne me semble ni menaçant ni intéressant et l’humour n’est pas suffisamment assumé, la plupart du temps, pour contrebalancer ces défauts. Mais je suis tombé amoureux de Seed of Chucky dès le premier visionnage : ce film représente, à mes yeux, le principal intérêt de cette série de films.

Seed of Chucky est une comédie horrifique dense, qui brasse un grand nombre de thèmes passionnants, dont certains sont très peu traités ailleurs. Ça parle des tensions familiales, avec ces deux parents qui se disputent en prenant pour champ de bataille un enfant dont ils ne se soucient pas vraiment. Ça parle de masculinité toxique quand Chucky se montre trop possessif. Ça parle de la fascination pour les stars hollywoodiennes, quand Tiffany est obsédée par l’idée de se réincarner dans l’actrice Jennifer Tilly (la véritable actrice de Tiffany, ce que je trouve très drôle). Ça parle d’identité de genre, avec l’un des rares personnages genderfluid du cinéma mainstream. Ça parle de la sexualisation à outrance des actrices par les réalisateurs/producteurs (Jennifer Tilly est censée incarner une version sexy de la vierge Marie) et de slut shaming (puisque l’on va reprocher à l’actrice de se conformer au rôle qu’on attend d’elle ; vous avez dit « injonction contradictoire » ?). Ça parle d’addiction, avec Tiffany qui peine à arrêter de tuer. Et tout cela est englobé dans un récit fun, cohérent et résolument jouissif !

L’imaginaire érotique au Japon

Tour d’horizon de tout ce qui touche, de près ou de loin, à la sexualité au Japon.

Un ouvrage extrêmement riche, très documenté et illustré, sur un sujet que je trouve passionnant. Les Japonais ont un rapport complexe à la sexualité : ils en multiplient les formes et les approches avec beaucoup d’inventivité, mais cachent les organes génitaux et montrent beaucoup de honte à ce sujet, la faute à un puritanisme imité de l’occupant américain dans la période d’après-guerre, alors même que la sexualité fait partie intégrante de leur culture ancestrale (rituels, estampes…). Agnès Girard propose un panorama très complet des différentes pratiques et représentations érotiques nippones, tantôt amusantes, tantôt intrigantes, et tantôt terrifiantes. Une lecture exaltante !

Gone Girl

Amy Dune disparaît, le jour de son cinquième anniversaire de mariage. Son mari, Nick, semble peu affecté, si bien que les soupçons pèsent de plus en plus contre lui.

Le roman de Gillian Flynn alterne entre le temps présent, les recherches pour trouver Amy, les différentes manifestations de deuil ou d’inquiétude de son entourage, et des extraits du journal d’Amy, une passionnante dissection de sa vie, de son rapport compliqué avec ses parents, deux auteurs jeunesse qui ont réinventé une meilleure version de leur fille dans les livres pour enfants qu’ils publient, à une autopsie cruelle de sa vie de couple pour en comprendre l’échec. L’autrice excelle dans le portrait de ces personnages fissurés et trop humains, tiraillés entre leurs propres désirs et leur relation à autrui. Elle sait également ménager son suspense pour nous proposer une intrigue haletante, avec d’excellents retournements de situation et l’un des antagonistes les plus intéressants qu’il m’ait été donné de découvrir.

Le maître des poupées :

 Six nouvelles de Joyce Caroll Oates

S’il fallait résumer ce recueil en un mot, ce serait « perturbant ». Les nouvelles de Joyce Caroll Oates nous laisse entrapercevoir une vision crédible et réaliste du mal qui nous plonge dans un véritable inconfort. Le sentiment de menace diffuse et les fins ouvertes nous interdisent tout relâchement, et la noirceur du texte semble toujours collée à notre peau après la lecture. Ma nouvelle préférée est « Equatorial », une histoire dans laquelle une femme en vacances dans une contrée exotique commence à se demander si son mari ne cherche pas à la tuer ; le plus glaçant étant que, prisonniers de son point de vue, nous ne sommes pas capable d’évaluer à coup sûr si elle a raison d’avoir peur ou pas…


[1] Le fils de Chucky en vf. mais je déteste cette traduction qui va à l’encontre du contenu du film.

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